Fin 2011, un accord triennal portant sur l'égalité professionnelle Femmes-Hommes et la parentalité était conclu avec TOUTES les organisations syndicales représentatives de l'UES (1) Capgemini. L'accord triennal suivant (années 2015 à 2017) n'était lui conclu qu'à la majorité.

Incapable fin 2017 de planifier avant le terme de ce 2ème accord une nouvelle négociation, la direction en avait obtenu fin 2017 la prolongation sur le 1er semestre 2018.

Et nous volià arrivés fin juin au terme de cette prolongation, pour quel résultat ? Nous avons le profond regret de vous narrer un retentissant échec :

De la même façon que le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a pu récemment le constater au sujet de l'évolution du dialogue social en France : le compte n'y est pas ! Cette observation, qui pourrait paraître à certains comme partisane et partiale car émanant d'une organisation syndicale, est pourtant la conclusion d'une note rédigée par le comité d'évaluation des ordonnances réformant le code du travail (ce comité est coordonné entre autre par le service statistiques du ministère). Cette note s'appuyait notamment sur une enquête effectuée auprès de l'association nationale des DRH (ANDRH) ! Une majorité d'entreprises aborde les diverses négociations sous un angle exclusivement comptable, et souvent dans une recherche d'affaiblissement de la représentation des salariés.            La confiance que le législateur a placée dans les entreprises pourrait se trouver largement mise à mal.

Revenons au regrettable échec des négociations d'un nouvel accord sur l'égalité professionnelle et la parentalité sur l'UES (1) Capgemini :

  • Après 6 années d'application des accords précédents, l'égalité salariale est encore loin d'être acquise. Il faudrait au bas mot un budget de 6M€ pour résorber les écarts connus. Pas étonnant quand des managers peu malins trouvent judicieux d'expliquer à des salariées qu'elles n'auront pas d'augmentation individuelle parce qu'elles viennent de bénéficier de rattrapages salariaux au titre de l'égalité !!! A ce rythme-là, l'espoir de se voir amenée au niveau salarial des collègues masculins est le même que celui de fêter le titre olympique de rugby à 7 pour le Luxembourg ou de voir émerger un esprit de tolérance et de fraternité chez des militants d'ultra droite.

  • Timorés et économes (sauf quand c'est d'eux dont il s'agit), les dirigeants du groupe Capgemini ne consentent à lâcher qu'1/4 de la somme nécessaire, et encore, seulement sur 3 ans ! 

  • Très communiquants sur les réseaux sociaux ("Femmes digitales", "Dames de Pique", "Women xxx"...), nos dirigeants, à commencer par le très social-iste Paul Hermelin, rechignent à considérer que l'absence autorisée et rémunérée de parents quand leur enfant est malade serait une mesure sociale profitable au recrutement et à la résilience de talents.
    • Limiter ce droit à 2 jours rémunérés par an et par salarié, c'est oublier la diversité des foyers (nombre d'enfants à charge, parents isolés...).
    • Limiter ce droit aux enfants de moins de 4 ans, c'est ne pas vouloir reconnaître la réalité. La CFDT considère l'entrée en grande section de primaire comme une limite raisonnable, mais que refusent nos dirigeants pour de médiocres et pitoyables raisons comptables.

  • Un petit tour d'horizon sur ce qui se pratique chez certains de nos concurrents ou partenaires ?
    • Atos : 6 jours d'absence par an et par salarié, rémunérés à 100%, pour des enfants de moins de 2 ans. Pour les enfants entre 2 et 12 ans, le nombre de jours rémunérés à 100% passe à 5. Un bonus est accordé s'il y a au moins deux enfants.
    • Altran : 3 jours d'absence rémunérés à 100% par an et par enfant de moins de 12 ans.
    • Modis : 3 jours d'absence rémunérés à 100% par an et par enfant de moins de 16 ans, et un bonus d'1 jour pour les parents isolés.
    • Spie ICS : 2 jours d'absence par an et par enfant, rémunérés à 50%, pour des enfants de moins de 5 ans. Pour les enfants entre 5 et 12 ans, le nombre de jours rémunérés à 50% passe à 1.
    • Sopra Steria : pas de jours d'absence rémunérés. Mais il y a des jours de congé supplémentaires pour les femmes ayant plus de 2 enfants.

La conclusion navrante de cette négociation : la direction n'a pas su ou voulu "faire aboutir un accord" (comme l'écrirait son plus fidèle signataire; et oui, la CFTC venait pourtant de signer son 28ème accord consécutif). La CFDT n'y a pas trouvé les éléments ambitieux et engageants d'une vraie politique d'égalité sociale en faveur de l'égalité Femmes - Hommes et de la parentalité. La CFE-CGC et la CGT non plus, ce qui donne une large absence de majorité pour le texte proposé et un signal très négatif envoyé aux futurs candidats à intégrer la 1ère ESN française, dont les dirigeants se limitent à lorgner le coût immédiat sans chercher à évaluer la perte d'image.

Futures recrues, avoir la possibilité de s'intéresser aux valeurs sociales d'une entreprise, ça aussi c'est aussi important.

 

(1) Unité Economique et Sociale