Notre site n'aborde qu'exceptionnellement une actualité qui ne concerne pas directement notre entreprise. Mais, comme l'a qualifié Me Cadot, avocat de la CFDT, le procès qui a débuté le 6 mai 2019 est « sans équivalent ». Lire cet article sur le site de notre fédération.

Son exemplarité tient à de nombreuses raisons : c'est une société du CAC40 qui est sur le banc des accusés, avec 7 de ses anciens dirigeants. Ce sont aussi les (hélas trop) nombreuses victimes d'un système de management accusé de harcèlement moral ayant tenu lieu de politique de management. Seule la qualification de harcèlement moral a été retenue à l'encontre des inculpés, le juge d'instruction n'ayant finalement pas retenu d'autres griefs comme homicide involontaire ou mise en danger d'autrui.

Prévu pour se terminer mi-juillet, ce procès fera donc date. Si condamnation il y a, Me Cadot considère qu'elle aura surtout valeur d'exemple. Et ne doutons pas hélas que la clôture juridique de ce dossier est lointaine, diverses parties solliciteront certainement des recours qui en retarderont la fin.

Les deux premières journées de ce procès ont été marquées par une lourde atmosphère, soulignée par des propos solennels de la présidente (« L'attente de comprendre et de parler est forte, le tribunal le sait ... L'émotion va être présente, sourde ou violente, probablement partagée par des gens présents dans cette salle, y compris par le tribunal ... Parmi les 39 personnes visées par la prévention, 19 ne pourront être entendues parce qu'elles se sont suicidées. Elles ne seront pas absentes des débats. »).

Elles ont été marquées aussi par l'attitude méprisante de l'ancien PDG qui s'est estimé non responsable des conséquences de ses actes et décisions, même s'il s'en est dit triste (« Que les transformations imposées à l'entreprise n'aient pas été agréables, c'est comme ça, je n'y peux rien. Si je n'avais pas été là, ça aurait été pareil, peut-être même pire. » !!!). De ce même sinistre individu, remémorons-nous sa déclaration devant les médias à cette époque : « Il faut mettre un coup d'arrêt à cette mode des suicides. » !!!!!! CONSTERNANT et SANS HUMANITÉ. Combien de salariés ont été sanctionnés pour des motifs bien moins graves ?

Depuis la médiatisation de ces dramatiques événements, le climat social semble s'être apaisé chez Orange. Il doit bien y avoir plusieurs raisons qui devraient interpeller les dirigeants de nombreuses autres grandes entreprises, à commencer par ceux de Capgemini.

  • Se targuer de donner quelques centaines de milliers d'Euros pour Notre-Dame,
  • Mettre quelques babyfoots dans les locaux,
  • Répondre avec célérité et docilité aux injonctions jupitériennes sur la prime dite de "pouvoir d'achat' (mais sans négocier !),
  • Mettre en œuvre un nouveau dispositif unilatéral d'enquête de satisfaction auprès des salariés,
  • Disséminer de "beaux" espaces de détente dans les locaux (mais sans séparation avec les espaces de travail !) ...

tout cela ne contribue qu'à une embryonnaire politique sociale orientée vers les salariés. Le partage équitable des fruits du travail a encore un long chemin à parcourir pour être au niveau de la reconnaissance déjà accordée aux actionnaires et aux dirigeants. La réelle prise en compte de la qualité de vie au travail (la fameuse QVT) est encore loin d'être achevée (imposition d'un flex office décomplexé et anxiogène, abandon généralisé de l'accompagnement professionnel des séniors, baisse des moyens pour les représentants du personnel, toujours aucunes reconnaissance et justes compensations de la pénibilité des déplacements professionnels, un plan d'épargne groupe sans aucun abondement, un PERCO avec un abondement minimaliste, une indemnisation des IK ou une part employeur sur les repas inchangées depuis plus de sept ans, délocalisations dogmatiques des emplois vers l'étranger, etc...).