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Syndrome de l’ennui au travail : tous concernés ?

Tandis que les chercheurs préviennent qu’une grande vague de burn-out liée à l’épidémie de COVID-19 risque de faire son apparition, un autre problème menace un certain groupe de travailleurs : le bore-out ou ennui extrême en raison d’une charge de travail trop faible. Ce syndrome de l’ennui au travail toucherait, selon certaines études, 32% des salariés européens. C’est beaucoup, mais ce n’est pas forcément grave, durable et immuable.

Le bore-out[1] a été conceptualisé pour la première fois en 2008 par des consultants suisses qui révèlent les causes et les conséquences de ce syndrome encore socialement tabou. Ils caractérisent le bore-out par un déséquilibre entre le temps de travail et le volume de tâches à réaliser mais pas uniquement. En effet, d’autres auteurs précisent que ce syndrome d’épuisement professionnel par ennui peut également être causé par :

– Le manque de sens ressenti par le salarié dans son travail

– Le manque de stimulation intellectuelle

– Le peu de perspectives d’évolution

Les symptômes ressentis lors d’un bore-out sont comparables à ceux d’un burn-out. Vous êtes fatigué, vous avez du mal à vous concentrer, vous vous inquiétez beaucoup, … Contrairement à une personne victime de burn-out, les symptômes ne proviennent pas d’un épuisement extrême, mais bien de trop peu de défi mental au travail. C’est pourquoi le tabou est souvent bien plus important : les gens n’aiment effectivement pas reconnaître qu’ils ont trop peu de travail ou qu’ils s’ennuient. Lorsque « être débordé » semble la norme, les gens craignent d’être considérés comme une personne trop peu impliquée ou tout simplement trop fainéante  pour rechercher elle-même un stimulant. Dire à sa hiérarchie qu’on s’ennuie au travail revient presque à dire qu’on est superflu. C’est ainsi qu’on arrive dans un cercle vicieux : vous avez trop peu de travail ou recevez trop peu de défis de manière structurelle, vous n’osez pas en parler et vous êtes figé dans cette situation.

Le bore-out peut-être par exemple le lot des salariés mis « au placard » où, afin de pousser celui-ci vers la sortie il lui est alors donné de moins en moins de tâches à réaliser ou de tâches significatives. Le salarié ainsi dépossédé de son travail est alors poussé à la démission. Mais les cas de syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui se retrouvent dans bien d’autres situations et ne semblent pas circonscrits à un domaine d’activité en particulier.

Enfin, certaines populations seraient plus à risque et c’est notamment le cas des jeunes actifs. Cela pourrait s’expliquer par le décalage souvent observé entre les attentes qu’ils ont concernant leur emploi et les valeurs qu’ils portent et la réalité de celui-ci. Ce contraste pourrait mener à un état de bore-out surtout s’ils estiment être trop peu stimulés.

Certains signes peuvent être des alertes que quelqu’un souffre de bore-out comme le sentiment de honte et de culpabilité, la mise en place de stratégies d’évitement en « tuant le temps » ou une baisse de l’estime de soi mais au-delà de ces symptômes parfois catastrophiques sur le bien-être psychologique du salarié, le bore-out engendre également un prix à payer pour l’entreprise :salarié désengagé, absentéisme, turn-over plus important, arrêt de travail et démission.

Les pistes de prévention en sont encore à leur balbutiement car ce syndrome est encore trop souvent perçu comme un « trouble de feignants » et fait peu l’objet de sensibilisation et de prévention de la part des entreprises.

Des solutions de mobilité interne peuvent par exemple être une piste de changement positif. Un changement de poste, voire de projet professionnel peuvent être aussi des solutions à envisager pour trouver un emploi qui répond mieux aux  compétences, valeurs et motivations profondes du salarié en situation de bore out

Si vous pensez souffrir de bore-out ou qu’un de vos collègues est concerné, il est avant tout important de sortir du silence. N’hésitez-pas à solliciter le Dispositif Complémentaire d’Alerte (DCA).

08 05 69 82 82* ou  DCA@ASTREE-INSTITUT.FR

( du lundi au vendredi de 11h à 15h)

[1] https://www.editions-tissot.fr/actualite/recherche?q=bore%20out